ATTEINTE RENALE AU COURS DU MYELOME
D.Fries, mise à jour mars 2004
Chez environ la moitié des patients présentant un myélome on note une atteinte rénale due à la production excessive de chaînes légères d'immunoglobulines monoclonales, réalisant 2 types anatomo-cliniques de néphropathie :
Il est vraisemblable que c'est le type biochimique des chaînes légères qui détermine leur potentiel néphrotoxique, soit l'absence d'atteinte rénale, soit le type de cette atteinte : l'injection à des souris des chaînes légères provenant de patients présentant un de ces 3 types de néphropathies déclanche la même forme d'atteinte rénale. De plus, les chaînes de type lambda sont prédominantes dans l'amylose, et les chaînes de type kappa dans les dépôts non fibrillaires. Il est enfin exceptionnel que 2 types d'atteinte coexistent chez le même malade.
La néphropathie tubulo-interstitielle, ou rein myélomateux
1. Pathologie : la lésion caractéristique est faite de cylindres tubulaires volumineux, denses, de structure lamellaire, entourés d'une réaction macrophagique avec cellules géantes, obstruant les tubes distaux et collecteurs. Ces cylindres contiennent des chaînes légères d'immunoglobulines, de l'albumine et de la protéine de Tamm-Horsfall (muco-protéine sécrétée par la branche ascendante de l'anse de Henle, constituant la matrice de tous les cylindres). Différents facteurs vont influencer la formation des cylindres : la plus ou moins grande affinité des chaînes légères pour la protéine de TH, leur point isoélectrique (charge cationique des chaînes légères facilitant la fixation à la protéine de TH anionique, d'où l'intérêt de l'alcalinisation des urines), la capacité des chaînes légères à former des agrégats qui vont se déposer dans les tissus. Mais la néphrotoxicité des chaînes légères s'exerce également vis à vis des cellules tubulaires avec atrophie, desquamation, et présence en microscopie électronique de cristaux de la chaîne légère: leur accumulation dans la cellule, du fait de leur réabsorption , surtout au niveau du tube proximal, modifierait l'activité des lysosomes. Fibrose interstitielle et infiltration de cellules mononuclées non spécifiques accompagnent les lésions tubulaires.
2.Clinique : l'atteinte rénale est en général observée chez un sujet dont le myélome est connu; mais elle peut être isolée et précéder de plusieurs mois les premiers signes du myélome.
La néphropathie par dépôt d'immunoglobulines
1.Amylose : la survenue d'une amylose au cours du myélome est notée avec une fréquence variable, de 5% à 15%, surtout myélomes à chaînes légères lambda. Les localisations tissulaires et la séméiologie clinique (syndrome néphrotique) sont celles décrites dans l'amylose AL. Le pronostic est très mauvais, avec une survie moyenne < 12 mois, très inférieure à celle d'un myélome sans amylose.
2.Maladie des chaînes légères (syndrome de Randall) : les dépôts de chaînes légères surviennent dans des conditions identiques à celles qui donnent l'amylose AL, mais, pour des raisons mal élucidées, les chaînes légères produites en excès ne prennent pas de structure fibrillaire et n'ont pas les propriétés tinctoriales de l'amylose (rouge Congo négatif).
Pathologie : l'atteinte rénale est constante, associant
- des lésions tubulaires : basales très épaissies, doublées en microscopie électronique par des dépôts granuleux, denses,
- des lésions glomérulaires : nodules PAS +, un peu analogues à ceux de la glomérulosclérose diabétique, plus ou moins associés à une prolifération endo/extra-capillaire.
- en immunofluorescence : fixation d'un sérum spécifique anti-chaîne légère le long des basales tubulaires et, moins constamment, dans les nodules glomérulaires
Cliniquement, c'est le tableau d'une néphropathie glomérulaire avec protéinurie, voire syndrome néphrotique. On recherchera des signes de localisation extra-rénale, en particulier hépatique ou cardiaque. L'évolution est en général rapidement défavorable.
On rappelle que si le
myélome est l'étiologie la plus fréquente de la
maladie des chaînes légères, celle-ci peut survenir au
cours de toutes les dysglobulinémies
monoclonales :
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