SYNDROME DE SJÖGREN
D.Fries, mise à jour mars 2004
Le syndrome de Sjögren est caractérisé par une infiltration lympho-plasmocytaire des glandes exocrines salivaires, parotides, lacrymales, responsable d'un "syndrome sec", mais le processus immunologique peut également affecter des organes non exocrines comme le rein, à l'origine d'une néphropathie interstitielle et d'une tubulopathie.
Le syndrome de Sjögren est considéré, comme la plupart des connectivites, comme une maladie immune. Sa pathogénie fait intervenir plusieurs facteurs :* génétique du fait d'une tendance famillale, * virus infectant les glandes salivaires, qui sont le site pathologique majeur du syndrome, et l'on incrimine le virus Ebstein-Barr, de même que des retrovirus comme HIV et HTLV-1, le virus de l'hépatite C. Très schématiquement on peut retenir que les cellules épithéliales glandulaires, qui expriment des taux élevés de HLA-DR, vont présenter l'antigène (viral ou auto-antigène ?) aux cellules T, avec production de cytokines (interferon gamma et IL-2), à l'origine de l'infiltrat inflammatoire.La signature est apportée par la présence d'anticorps antinucléaires présents chez 90% des patients: les plus caractéristiques sont les anti-Ro/SSA(70 à 90% des malades), reconnaissant 2 protéines associées au RNA, anticorps que l'on note également chez 30 à 50% des malades atteints de lupus, et les anticorps anti-La/SSB (notés chez 50% des malades).
En dehors de l'atteinte des glandes exocrines, les autres manifestations fréquentes sont les arthralgies, la fatigue, le syndrome de Raynaud, toutes manifestations partagées avec d'autre connectivites. Elles peuvent également concerner la peau (vascularite), le tractus intestinal (dysphagie, gastrite atrophique), le foie (cirrhose biliaire, hépatite chronique active), le système nerveux (polynévrite périphérique, atteinte des nerfs crâniens, atteinte cérébrale). On note une prolifération polyclonale des cellules B, avec hypergammaglobulinémie, et chez 2,5% des cas une évolution vers une prolifération monoclonale allant d'une cryoglobulinémie mixte (type II) à un lymphome non Hodgkinien.
L'atteinte rénale survient le plus souvent chez une femme au moment de la ménopause. La néphropathie interstitielle est caractérisée par un infiltrat interstitiel lympho-plasmocytaire pouvant entraîner une atrophie tubulaire et une fibrose interstitielle. Les glomérules sont en général normaux, bien qu'à titre exceptionnel des lésions du type immuns-complexes, glomérulonéphrite extramembraneuse ou membranoproliférative, aient été décrites.
La néphrite interstitielle se manifeste par un sédiment urinaire sub-normal, une légère augmentation de la créatinine, mais surtout des anomalies tubulaires :
Aucune de ces altérations rénales ne sont spécifiques du syndrome de Sjögren, dont le diagnostic repose sur la constatation d'un syndrome sec touchant les glandes lacrymales, salivaires, génitales et sudoripares, confirmé par un test oculaire de Schirmer et la présence d'infiltrats lympho-plasmocytaires sur la biopsie des glandes salivaires. Le diagnostic peut être étayé par la présence dans le sérum des anticorps anti-Ro (SSA) , et anti-La (SSB) plus spécifiques; ces anticorps sont dirigés contre des nucléoprotéines qui sont en partie homologues avec des antigènes viraux, sans que l'on sache si une étiologie virale puisse être en cause. On note souvent un facteur rhumatoïde, des anticorps antinucléaires anti-ADN natifs; l'hypergammaglobulinémie IgG et IgA est fréquente, parfois considérable et responsable d'un purpura. Une cryoglobulinémie mixte est possible.
Il est important de rattacher à un syndrome de Sjögren les manifestations rénales, qui sont parfois d'apparence isolées, car elles régressent complètement sous corticothérapie et immunosuppresseurs, à condition que le traitement soit institué suffisamment tôt, avant des lésions irréversibles qui peuvent conduire aux quelques cas publiés d'évolution vers une insuffisance rénale terminale.
| Bossini N, Savoldi S, Franceschini F, et al : Clinical and morphological features of kidney involvement in primary Sjögren's syndrome. Nephrol Dial Transplant 2001;16:2328 |