GLOMERULONEPHRITE EXTRAMEMBRANEUSE
La glomérulonéphrite extramembraneuse (GEM), ou
"membranous nephropathy" des anglo-saxons, est une des
causes les plus fréquentes (environ 30%) des S.N. primitifs de
l'adulte jeune. Comme les autres néphropathies glomérulaires,
la GEM, le plus souvent idiopathique, peut être secondaire.
Lésions histologiques :
la lésion caractéristique est en microscopie optique l'aspect
d'épaississement de la membrane basale des capillaires
glomérulaires, (d'où le nom de "membranous
glomerulopathy" donné par les auteurs anglo-saxons) noté
sur tous les glomérules, sans prolifération cellulaire
associée. En fait, cet aspect est dû à 2 lésions (diapo 6) : d'une part la coloration
argentique montre la présence, plus ou moins abondante mais
très caractéristique, d'expansions ou spicules
("spikes") perpendiculairement développées sur le
versant externe de la basale, d'autre part en immunofluorescence
on note la présence le long des parois de dépôts finement
granuleux d'IgG, et souvent de C3 (diapo 7).
La microscopie électronique montre que ces dépôts sont situés
dans l'espace sous-épithélial.On distingue 3 stades évolutifs
:
- stade 1 : la paroi apparaît subnormale en optique, les
spicules sont rares, le diagnostic est fait par
l'immunofluorescence, et la microscopie électronique
confirme les dépôts denses sur le versant externe de la
basale.
- stade 2 : en microscopie optique les lésions sont
évidentes, et l'électronique montre que les dépôts
sont insérés dans la basale, dont les expansions
donnent l'image de spicules.
- stade 3 : l'épaississement de la basale est très
important; les dépôts sont incorporés dans la basale
et comme ils ne sont pas argyrophiles, on a sur les
colorations à l'argent l'aspect d'une basale criblée de
trous.
Comme dans tout syndrome néphrotique important, on note
souvent une vacuolisation des cellules du tube proximal et la
présence dans le tissu interstitiel de cellules spumeuses
chargées de lipides.
Signes cliniques :
survenant à tout âge, la GEM primitive est surtout notée chez
l'homme jeune. Dans 80% des cas, il s'agit d'un S.N.
d'installation progressive, souvent massif ; dans 20% des cas la
protéinurie, non sélective, est isolée. Une hématurie
microscopique est notée dans 1/3 des cas. Les anomalies
lipidiques sont moins marquées que dans la néphrose lipoïdique
(GNLGM). Le taux du complément est normal. A la phase
d'installation de la néphropathie, on note rarement une
hypertension artérielle ou une élévation de la
créatininémie.
Pathogénie : le
modèle expérimental chez le rat connu sous le nom de néphrite
de Heymann suggère que les dépôts immuns sont la conséquence
de la liaison d'anticorps IgG avec un antigène ( glycoprotéine,
appelée "megaline") situé dans la membrane de la
cellule épithéliale. La formation d'aggrégats immuns active le
complément, avec présence de C3 et du complexe C5b-9, ce
dernier étant transporté à travers la cellule épithéliale
pour être excrété dans l'espace urinaire. Ce complexe C5b-9,
principal médiateur de l'atteinte de la paroi
capillaire("membrane attack complex",MAC), altère la
basale par la production d'ions superoxydes et stimulerait la
production par la cellule épithéliale de facteurs de croissance
(TGF-2 et TGF-3) avec une formation accrue de matrice
extracellulaire, à l'origine des "spicules" vues sur
les colorations argentiques. Le fait que le complément activé,
avec ses fractions douées d'une activité chémotactile, soit
séparé de la circulation par la membrane basale expliquerait
l'absence de prolifération cellulaire.
La réponse cellulaire à l'attaque du complément n'est pas
une prolifération cellulaire, mais une hypertrophie des
podocytes, un excès de formation de matrice, et une
gomérulosclérose. Il est possible que certains signaux
cellulaires soient activés, en particulier l'activation de phospholipases.
Dans les GEM primitives, qui seraient induites par des autoanticorps dirigés
contre des antigènes situés dans l'espace sous-épithélial, les dépôts sont
limités à cet espace , alors que dans les GEM secondaires on note
l'association de dépôts mésangiaux et sous-endothéliaux en rapport avec des
antigènes circulants ou des complexes antigènes -anticorps, comme dans le
lupus.
Etiologie : GEM secondaires
:
- cancers : 5% à 10% des GEM de l'adulte seraient en
rapport avec une tumeur solide, surtout cancer pulmonaire
ou colique, le plus souvent cliniquement apparente. La
mise en route d'un bilan carcinologique extensif chez
tout sujet de plus de 50 ans présentant une GEM
apparemment primitive reste sujet à discussions; on peut rappeler qu'une élévation de la vitesse de
sédimentation est notée au cours de tout S.N., et ne
peut être considérée comme un signe d'appel pour un
bilan carcinologique.L'antigène tumoral se déposerait
dans les glomérules, avec formation d'anticorps et
activation du complément, entraînant l'atteinte de la
cellule épithéliale et de la basale. L'ablation de la
tumeur entraîne la rémission de la protéinurie.
- lupus érythémateux disséminé : 10 à 20% des lupus se
présentent sous la forme d'une GEM, parfois sans signe
clinique ou biologique associés évocateur d'un lupus,
en dehors d'une baisse du complément inhabituelle pour
une GEM primitive.
- hépatite B : porteurs asymptomatiques avec transaminases
subnormales et sérologie positive , y compris les
anticorps antiHbe. Chez l'enfant, la protéinurie peut
disparaître, mais chez l'adulte la néphropathie
évoluera vers l'insuffisance rénale. En
immunofluorescence certains auteurs ont pu mettre en
évidence des antigènes Hbs, Hbc et Hbe dans les
lésions glomérulaires, suggérant le rôle soit
d'immuns complexes contenant l'HBV, soit celui
d'anticorps contre l'antigène HBV "planté"
dans la basale.
- médicaments : en dehors des cas historiques rapportés
au mercure, et aux rares cas du
- s au captopril, c'est
essentiellement le problème des antirhumatismaux :
environ 5% des malades atteints de polyarthrite
rhumatoïde et traités par pénicillamine présentent
une GEM, cette incidence étant de 1% à 2% chez ceux
traités par les sels d'or. Le temps de survenue de la
protéinurie est variable, entre 6 mois à plusieurs
années, et elle mettra plusieurs mois pour disparaître
après l'arrêt du produit. Ce dernier critère est
nécessaire pour admettre la responsabilité du produit,
puisque des lésions de GEM peuvent survenir au cours de
la PR en dehors de toute intoxication. Parmi les AINS, le
diclofenac est de plus en plus souvent mis en cause comme
pouvant induire des lésions de GEM.
- autres étiologies : syphilis, sarcoïdose,
schistosomiase hépato-splénique, filariose, et virus de
l'hépatite C.
- La GEM peut être notée en association avec d'autres néphropathies :
lésions sclérosantes du type HSF probablement en rapport avec les
phénomènes hémodynamiques de l'insuffisance rénale; diabète au cours
duquel les dépôts pourraient^signifier es anticorps dirigés contre
l'insuline porcine présente dans les capillaires glomérulaires; surtout
surimposition de croissants épithéliaux comme ceux vus dans les GN
rapidement progressives , de mécanisme imprécis .
Traitement : il doit
tenir compte de l'évolution spontanée de la
glomérulopathie, qui peut se schématiser de la manière
suivante avec un temps d'observation de 5 ans
après l'installation de la GEM :
- rémission complète : 5 à 20%
- rémission partielle (protéinurie <2gr) : 25-40%
- persistance du S.N., qui reste stable : 30%
- évolution vers l'insuffisance rénale chronique : 15%
(35% à 10 ans, 40% à 15 ans)
Certains facteurs de risque ont été identifiés :
- favorables : enfant, sexe féminin, fonction rénale
stable sur 3 ans, absence de sclérose glomérulaire
et/ou de lésions tubulo-inerstitielles
- défavorables : homme, > 50 ans, syndrome néphrotique
massif (protéinurie > 10gr) avec hyperlipidémie,
lésions tubulaires (biopsie ou présence dans les urines
de ß2-microglobuline), complexe C5b-9 dans les urines
(paramètre en cours d'évaluation). La persistance de
ces signes sur un délai d'observation de 6 mois serait
un facteur de mauvais pronostic.
De très nombreuses études ont été menées, en particulier
par l'école itialienne (Ponticelli) pour évaluer l'intérêt
des corticoïdes et des cytotoxiques (chlorambucil,
cyclophosphamide), isolés ou associés, avec des posologies et
des modes d'administration très variables. Un consensus
pourrait se faire autour des propositions suivantes (B.D.Rose
et G.B.Appel) :
- protéinurie asymptomatique : pas de traitement, mais
surveillance régulière
- syndrome néphrotique : se limiter à un traitement
symptomatique (diurétiques, équilibre nutritionnel,
antihypertenseurs avec IEC, antihyperlipidémie avec
statines) et surveillance : 60% d'entre eux évolueront
vers la rémission complète ou partielle
- facteurs de risque présents : prednisone (60 mg/j, ou
120 mg/j alterné) associée aux cytotoxiques pendant 6
à 12 mois : le traitement est alors arrêté si aucun
effet n'est observé. L'utilisation de
méthylprednisolone en bolus est réservée aux cas
d'évolution rapide où la biopsie montre des lésions de
prolifération extracapillaire.Si le cytotoxique choisi
est le cyclophosphamide, il sera prescrit à la dose de
1,5 à 2,5 mg/kg/, la dose étant adaptée aux chiffres
des leucocytes.S'il s'agit du chlorambucil, il est
prescrit à la dose de 0,2mg/kg/j pendant 28 jours, 3
cycles répétés sur une durée de 6 mois.
Parmi les autres tentatives thérapeutiques on peut
retenir :
- les antiinflammatoires non stéroïdiens (indométhacine)
diminuent d'environ 50% la protéinurie chez 60% des
patients.
- l'azathioprine a pu stabiliser certains cas évoluant
vers l'insuffisance rénale. On peut en rapprocher les
résultats encourageants, obtenus sur un faible nombres
de sujets étudiés, par le mycophenolate mofetil.
- la ciclosporine a pu entrainer une rémission complète
ou partielle chez 50% des sujets, mais les récidives
sont la règle, et les biopsies rénales n'ont pas
montré de régression des dépôts immuns.La question
reste posée de l'interêt de traitements très
prolongés.
- la perfusion IV d'immunoglobulines a donné également
des rémissions, probablement en diminuant l'activation
des composants du complément.
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