HYPOKALIEMIES
La concentration normale de potassium plasmatique à jeun dans les conditions basales est comprise en tre 3,5 et 4,5 mmol/l. L'hypokaliémie se définit donc par une kaliémie < 3,5 mmol/, tout en sachant que des valeurs comprises entre 3,3 et3,5 peuvent parfois être notées chez des sujets considérés comme normaux; un chiffre < 3,3 est donc toujours pathologique.
Signes cliniques et biologiques
Beaucoup de patients ayant une hypokaliémie chronique sont asymptomatiques, et l'hypokaliémie est découvert au hasard d'un examen sanguin.Des signes cliniques peuvent apparaitre si la kaliémie s'abaisse au dessous de 3 mmol/l
Muscle cardiaque : l'hypokaliémie entraine une modification de la polarisation de la membrane cellulaire avec
Muscle squelettique : quand la kaliémie est très basses, < 2,5 mmol/l, on peut noter une paralysie flasque des membres, du tronc , des muscles respiratoires, avec disparition des réflexes tendineux et de la contractilité idiomusculaire. Ces troubles sont dus à une rhabdomyolyse, favorisée par l'exercice en atmosphère chaude (l'hypokaliémie empêche la vaso-dilatation normale). Les douleurs et crampes sont fréquentes.On note une élévation de la créatinine kinase, et au maximum une myoglobinurie et une insuffisance rénale aigue par nécrose tubulaire.
Muscle lisse : la diminution de la motilité intestinale est fréquente, avec constipation, parfois iléus paralytique, plus rarement paralysie vésicale ou dilatation gastrique.
Dysfonction rénale : l'hypokaliémie peut induire plusieurs anomalies des transports tubulaires, et lorsqu'elle persisite elle peut être à l'origine d'une néphropathie tubulo-interstitielle
Effet endocrinien : l'hypokaliémie diminue la sécrétion d'aldostérone, probablement en diminuant le nombre de récepteurs surrénaliens sensible à l'angiotensine II. Elle augmenterait la production des prostaglandines. Elle inhibe la sécrétion d'insuline et diminue la tolérance au glucose.
Etiologies
Hypokaliémies par pertes digestives: c'est une des causes les plus fréquentes d'hypokaliémie., et la kaliurie est le plus souvent basse, < 15 mmol, témoin de la conservation rénale du potassium.
Pertes d'origine basse :
Pertes d'origine haute : lors des vomissements répétés ou aspiration gastrique mal contrôlée, la perte de potassium est modérée (5 à 10 mmol/l de liquide gastrique), et la déplétion potassique s'explique surtout par l'alcalose métabolique ( par soustraction de liquide gastrique acide) et la déshydratation extracellulaire avec hyperaldostéronisme, qui entrainent une fuite urinaire de potassium : la kaliurie n'est pas effondrée, et la concentration du chlore urinaire est abaissée.
Hypokaliémies par pertes rénales : la kaliurie reste élevée, > 25 mmol, plus basse en cas d'hypokaliémie extrême.
1.Hyperminéralocorticisme : l'hypokaliémie est due à l'augmentation de la sécrétion tubulaire distale de potassium sous l'influence d'un minéralocorticoïde, principalement l'aldostérone
2. Médicaments ou toxiques :
3. Néphropathies :
4. Autres situations de fuite rénale de potassium
Hypomagnésémie : elle est souvent présente au cours d' hypokaliémies d'étiologies variées, et les états de déplétion en magnésium s'accompagnent souvent d'une hypokaliémie d'origine rénale, par un mécanisme imprécis. Or l'hypokaliémie ne peut être corrgée que lorsque la déplétion en magnésium a été elle même corrigée.
Anions non réabsorbables : le gradient électronégatif luminal crée par la réabsorption du sodium dans le tube collecteur cortical est partiellement atténué par la réabsorption du chlore. Dans certaines conditions, le sodium arrive au tube distal avec des anions non réabsorbables : bicarbonate (en cas de vomissements, d'acidose tubulaire de type 2), de beta-hydroxybutyrate au cours de l'acidocétose diabétique, d'hippurate au cours de l'intoxication au toluène. Dans ces cas, le sodium est réabsorbé en échange de potassium. Cet effet est surtout marqué quand il existe une déplétion volémique qui stimule l'aldostérone.
Acidose métabolique : une acidose métabolique chronique peut par elle-même favoriser la fuite rénale de potassium par un mécanisme similaire : la diminution de la charge filtrée de bicarbonate secondaire à la diminution du bicarbonate plasmatique est responsable d'une diminution de la réabsorption de sodium et d'eau dans le tube proximal, d'où une augmentation de la quantité de sodium et d'eau délivrée au tube distal, d'où l'augmentation de la sécrétion de potassium. Dans une certaine mesure, le degré d'hypokaliémie est masquée par l'acidémie qui fera sortir le potassium des cellules, et l'importance réelle du déficit potassique apparaitra après la correction de l'acidose.
Hypokaliémies par transfert de potassium dans les cellules
L'augmentation de l'entrée de potassium dans les cellules produit une diminution de la kaliémie : il n'y a pas de déplétion du potassium total de l'organisme, et cette hypokaliémie n'est le plus souvent que transitoire.
Alcalose métabolique ou respiratoire : l'ion H+ quitte la cellule pour minimiser la modification du pH extracellulaire, et pour maintenir l'électroneutralité le potassium, ainsi que le sodium, passe dans la cellule. Cet effet direct est du reste modéré, la kaliémie baisse d'environ 0,4 mmol/ pour chaque 0,1 unité de pH. Si l'hypokaliémie est souvent associée à l'alcalose, c'est en fait parce que la perte de potassium et d'hydrogène survient dans les mêmes conditions (diurétiques, vomissements, hyperaldostéronisme).
Excès d'insuline et renutrition : l'administration d'insuline (qui stimule la pompe Na-K-ATPase) chez un diabétique entraine une hypokaliémie qui peut être notée pendant quelques heures. On peut en rapprocher la réalimentation d'un sujet dénutri où peut apparaître une hypokaliémie expliquée par les entrées nettes de potassium dans les cellules du fait de l'administration de glucose qui stimule la sécrétion d'insuline.
Stimulation ß-adrénergique : les catecholamines, par le biais des récepteurs beta 2 adrenergiques, en augmentant la pompe Na-K- ATPase peuvent déclancher une hypokaliémie, d'amplitude 0,5 à 1 mmol/l, ceci à l'occasion d'un stress (infarctus du myocarde), ou l'administration d'un agoniste beta adrenergique (albuterol, terbutaline) pour traiter un asthme, une insuffisance cardiaque ou pour prévenir le déclanchement prématuré du travail chez une femme enceinte.
Maladie périodique hypokaliémique: elle est caractérisée par l'apparition brutale de paralysies des membres inférieurs et du tronc, souvent déclanchées après un repas riche en glucose, ou une exposition au chaud, ou un exercice. L'hypokaliémie peut être massive, 1,5 à 2 mmol/l, avec un risque vital. Entre chaque poussée, la kaliémie revient à la normale, ce qui distingue cette maladie des éventuelles épisodes d'hypokaliémie aigues au cours de certaines acidoses tubulaires. Il s'agit d'une maladie familiale, à transmission autosomique dominante, probablement due à une mutation du canal calcium du muscle squelettique. On a décrit des formes acquises chez des malades, en particulier des Chinois de sexe male, présentant une hyperthyroïdie, la thyroxine augmentant l'activité de la Na-K-ATPase.
Intoxications : les intoxication par la chloroquine, ou encore l' inhalation de toluène, entrainent une hypokaliémie par transfert, qui peut être importante.L'ingestion de sels de barium entraine une hypokaliémie par le blocage des canaux de sortie du potassium des cellules.
Delirium tremens : une hypokaliémie, autour de 3 mmol/l, est fréquente au cours du délirium tremens, attribuée à un transfert, de mécanisme imprécis.
Hématopoïèse intense : la production de cellules hématopoïétiques peut entrainer une hypokaliémie par captage de potassium dans les nouvelles cellules : correction d'une anémie par vitamine B12 ou acide folique, traitement d'une neutropénie par le facteur de stimulation granulocyte-macrophage, leucémies myéloïdes avec prolifération cellulaire intense.
Apport alimentaire insuffisant
Un apport alimentaire pauvre en potassium n'a que des effets modestes sur la concentration plasmatique de potassium, l'excrétion urinaire de potassium pouvant être diminuée à moins de 15 mmol/24h en situation de déplétion potassique. Cette adaptation est due, en partie, à un effet inhibiteur direct de l'hypokaliémie sur la sécrétion de potassium par les cellules principales du canal collecteur et sur la libération d'aldostérone. Par ailleurs, l'activité de la pompe H-K-ATPase du tube distal est augmentée en situation de déplétion potassique, d'où une augmentation de la réabsorption de potassium. Un apport alimentaire pauvre en potassium ne peut donc pas à lui seul engendrer une hypokaliémie, sauf s'il existe un facteur favorisant associé (diurétiques, régime amaigrissant).
Traitement
En dehors des cas de transfert de potassium dans les cellules où l'hypokaliémie est transitoire, le traitement consiste en l'apport de potassium pour corriger les pertes rénales ou digestives.
Une diminution de 1 mmol par litre de plasma correspond à une diminution du contenu en potassium d'environ 300 mmol. Une quantité identique doit être perdue pour passer à 2 mmol/l. Une hypokaliémie chronique plus sévère est relativement rare, puisqu'une libération de potassium par les cellules intervient pour corriger l'hypokaliémie. Mais l'importance de l'hypokoliémie peut être masquée par l'acidose associée, en particulier l'acidose diabétique, et l'hypokaliémie ne se démasque qu'après la correction de l'acidose.
Lorsque la déplétion potassique est importante et mal tolérée, la voie intraveineuse est nécessaire: 20 à 40 mmol de chlorure de potassium pour 1 litre de soluté salé, de préférence au soluté glucosé susceptible de diminuer la kaliémie (par stimulation d'insuline).Pour limiter le risque de surcharge sodée, on utilise un soluté salé à 4,5%. La perfusion est faite à la vitesse de 10 à 20 mmmol/heure,ce qui permet d'augmenter la kaliémie d'environ 0,25 mmol par heure. Elle est faite sous surveillance électrocardiographique et en répétant les dosages de la kaliémie, pour éviter un phénomène de rebond. L'utilisation de doses plus importantes peut nécessiter le recours à une voie centrale, sous clavière ou jugulaire, en faisant attention aux risques d'une augmentation trop brutale de la concentration de potassium sur la conduction cardiaque.
La voie orale est suffisante si l'hypokaliémie est bien tolérée. Les sels de potassium, chlorure, phosphate, bicarbonate, existent sous forme liquide plus ou moins bien tolérée, ou sous forme enrobée de cellulose à libération progressive mieux tolérée, mais avec un risque d'ulcérations gastriques. Le choix du sel de potassium dépend des désordres associés. Les sels de chlore, 60 à 80 mmol/j, sont indiqués pour corriger une hypokaliémie avec alcalose et perte de chlore, situation la plus fréquente. Par contre,un sel alcalin (citrate, bicarbontate) sera donné en cas d'acidose métabolique (tubulaire ou diarrhée chronique). L'hypomagnésémie, souvent associée à l'hypokaliémie des pertes rénales, doit être corrigée. L'utilisation de diurétiques épargneurs de potassium est alors indiquée, car ils réduisent la fuite de potassium et celle de magnésium; l'amiloride est particulièrement indiqué dans ces cas d'hyperaldostéronisme, ainsi que dans le syndrome de Bartter.