HYPOPHOSPHOREMIE

Elle est définie par une concentration plasmatique inférieure à 0,80mmol/l.

Signes cliniques

Les signes cliniques dépendent de la sévérité et de la chronicité de la déplétion phosphorée. Lorsque le taux est < 0,45 mmol/l. l'hypophosphorémie est sévère, avec manifestations cliniques, conséquences des deux anomalies cellulaires induites par l'hypophosphorémie : le déficit en ATP modifie les processus cellulaires dans tous les tissus, et le déficit en 2,3-DPG dans les globules rouges augmente l'affinité de l'hémogloine pour l'oxygène et diminue la quantité d'oxygène délivrée aux tissus.

Hématologie :
  • augmentation de la rigidité des globules rouges, hémolyse;
  • diminution de la phagocytose;
  • thrombocytopénie
Système nerveux central :
  • irritabilité, paresthésie, mouvements anormaux,tremblements
  • encéphalopathie : dysarthrie, troubles de la vue,convulsions, coma
Muscles :
  • myopathie avec faiblesse musculaire,aréflexie,tremblements
  • rabdomyolyse aigue avec élévation des enzymes musculaires
  • diminution de la contractibilité cardiaque, insuffisance cardiaque
  • atteinte du diaphragme, insuffisance respiratoire
  • atteinte digestive : dysphagie, ileus
Os :
  • augmentation de la résorption osseuse
  • enfant : rachitisme
  • adulte : ostéomalacie

Les manifestations rénales et électrolytiques sont complexes :

 

ETIOLOGIES DES HYPOPHOSPHOREMIES

Diminution de l'absorption intestinale

Dans les conditions normales, l'apport en phosphore, qui est de 800 à 1500 mg/j, est largement en excès par rapport aux pertes digestives. Approximativement, 80% du phosphate alimentaire sont absorbés dans l'intestin grêle, auxquels il faut ajouter les 150 à 200 mg/j sécrétés dans le colon.: les variations d'apport ont en général peu d'effet sur l'homéostase du phosphore.

Redistribution interne :

Le transfert du phosphore du liquide extracellulaire vers les cellules peut entraîner une hypophosphorémie importante surtout si une déplétion en phosphate est associée; la phosphaturie est nulle. Ces conditions sont fréquentes chez les malades hospitalisés, dans le situations où il existe une stimulation de la glycolyse:

Augmentation de l'excrétion rénale

La persistance de phosphore dans les urines identifie la perte rénale. La déplétion phosphorée est en général modérée, et n'apparaît qu'en cas de diminution associée des apports alimentaires

Causes essentielles des hypophosphorémies

Transferts internes

clearance du P < 10 ml/min

Diminution de l'absorption intestinale

clearance du P < 10 ml/min

Augmentation de l'excrétion urinaire

clearance du P > 20 ml/min

  • augmentation d'insuline
  • alcalose respiratoire aigue
  • apports insuffisants
  • antacides
  • stéatorrhée
  • hyperparathyroidisme
  • déficit ou résistance à la vitamine D
  • synndrome de Fanconi

TRAITEMENT

L'hypophosphorémie sévère, < 0,40 mmol/l, avec manifestations cliniques, nécessite un traitement rapide par voie intraveineuse, la règle étant de n'apporter pas plus de 0,1 mmol de phosphore par kg et par période de 6 heures, en surveillant la phosphorémie et également la calcémie, une recharge trop rapide pouvant entraîner une hypocalcémie avec dépôts tissulaires de calcium et risque d'insuffisance rénale aigue.

L'hypophosphorémie modérée, entre 0,40 et 0,70 mmol/l, sans manifestations cliniques, ne nécessite en général pas de traitement spécifique autre que celui de la maladie sous-jacente.. Elle peut être corrigée par voie orale. La prescription de lait peut être conseillée, 1 litre de lait contenant environ 30 mmol de phosphate et 25 mmol de calcium. On peut également utiliser des préparations de phosphate de sodium ou de potassium. L'apporte de vitamine D est nécessaire en cas de déficit

  • Paillard F., Paillard M. : Bilan de phosphate et phosphatémie. Physiologie rénale et désordres hydroélectrolytiques, 1 vol. Hermann ed., Paris, 1992, p. 251
  • Green J., Debby H., Lederer E., et al : Evidence for a PTH-independant humoral mechanism in post-transplant hypophosphatemia and phosphaturia. Kidney Int. 2001;60:1182