TRAITEMENT
Les oedèmes étant le reflet d'une maladie sous-jacente, il
importe en premier lieu de traiter l'atteinte cardiaque,
hépatique, rénale, ou toute autre cause identifiée.
Mesures générales
Le traitement de l'oedème est d'ordre symptomatique. Le
repos au lit a longtemps été conseillé, probablement
parce ce qu'il réduit les stimuli anti-natriurétique associés
avec la station debout et que chez l'insuffisant cardiaque il
diminue le débit cardiaque.Naturellement, son utilisation à
long terme est limitée en pratique. De même, la restriction
alimentaire en sodium est limitée dans son usage : la
natriurèse étant réduite à < 10 meq/24h, la restriction
sodée, pour être efficace à elle seule, implique une
hospitalisation avec un contrôle diététique strict, et on sait
qu'un régime très sévère ne peut être longtemps accepté.
Par contre, un régime de restriction plus modérée, équivalent
à 30-50 meq/ 24h, soit 1,5 à 2 g de sodium, est souvent
indispensable, en début de traitement, pour assurer
l'efficacité des diurétiques.
Diurétiques
Après administration d'un diurétique, le liquide éliminé
provient du plasma, avec comme conséquence une réduction de la
pression veineuse, donc de la pression hydrostatique capillaire;
le volume plasmatique va se normaliser du fait de la mobilisation
du liquide d'oedème qui va passer dans l'espace
vasculaire.L'effet peut être rapidement obtenu, et chez les
malades présentant un oedème généralisé, la perte de 2 à 3
litres en 24 heures est fréquente.
En dehors de l'oedème aigu du poumon, qui nécessite un
traitement d'urgence, dans tous les autres cas la mise en route
d'un traitement diurétique doit se faire chez un sujet
correctement inventorié et bénéficiant d'un diagnostic
précis.Lorsque l'oedème s'inscrit dans un mécanisme
compensatoire pour rétablir un volume circulant efficae
(underfilling), comme dans le cas de l'insuffisance cardiaque
congestive, de la cirrhose, du syndrome néphrotique de la
néphrose lipoïdique, il faut éviter que la perte du liquide
éliminé par les urines n'aggrave la diminution du volume
circulant efficace, diminuant le débit cardiaque et la perfusion
tissulaire. Lorsque l'oedème est la conséquence d'une
rétention primaire de sodium par le rein (overflow), le risque
d'hypoperfusion tissulaire est moins grand, le volume circulant
efficace étant élevé et le diurétique le rétablit à une
valeur normale
Choix du diurétique : il doit s'adapter à
certains paramètres cliniques :
- oedèmes généralisés : un diurétique de
l'anse, type furosemide, est en général utilisé, en
surveillant, outre le volume de la diurèse,
l'éventuelle survenue de troubles électrolytiques :
alcalose métabolique, hypokaliémie, hyperuricémie.
- oedèmes de l'insuffisance cardiaque congestive
: le choix est large entre les différents produits, mais
on surveillera particulièrement les signes
d'hypoperfusion tissulaire, spécialement la
créatininémie dont l'élévation est un bon reflet
d'une hypoperfusion tissulaire.
- oedèmes du syndrome néphrotique : les
diurétiques étant fortement liés aux protéines, leur
efficacité est réduite du fait des perturbations des
protéines au cours du syndrome néphrotique; il est donc
souvent nécessaire d'utiliser des doses plus
fortes.L'association avec un anti-aldostérone est
souvent recommandée.
- oedèmes de la cirrhose : en présence d'une
ascite la spironolactone est le diurétique à utiliser
en premier lieu, de manière progressive.Chez le malade
qui présente une ascite sans oedèmes périphériques,
l'élimination est lente, le liquide ascitique ne pouvant
être évacué que par les capillaires péritonéaux, et
une soustraction de 500-750 ml/24h est le maximum
possible.Si la diurèse est plus importante et plus
rapide, le liquide d'ascite ne pourra pas remplacer le
volume plasmatique, avec un risque d'insuffisance rénale
et de syndrome hépato-rénal. Si le malade a également
des oedèmes périphériques, le risque est moins grand,
la mobilisation liquidienne étant plus importante. Dans
certains cas, l'importance de l'ascite peut conduire à
pratiquer une paracentèse.
Dose de diurétique : tous les diurétiques
ont une courbe dose/réponse, avec une première phase ascendante
au cours de laquelle l'augmentation de l'excrétion urinaire du
produit est associée à l'augmentation de la natriurèse, puis
un plateau au cours duquel l'accroissement de l'excrétion urinaire
du produit n'entraine plus de diurèse supplémentaire. Par
exemple, chez un sujet normal, la dose minimale de furosemide est
de 10mg, l'effet maximum est obtenu avec 40 mg, et des doses
supérieures n'entrainent pas un surplus de diurèse, mais
augmentent le risque d'effets secondaires.
Des doses plus importantes peuvent être nécessaires dans
certaines conditions :
- diminution de la perfusion rénale, donc diminution de
l'arrivée du produit au tube, comme dans l'insuffisance
cardiaque, et également au cours de l'insuffisance
rénale chronique.
- diminution de la sécrétion du produit à l'intérieur
de la lumière tubulaire, du fait des lésions
parenchymateuses de l'insuffisance rénale chronique
- modification de la distribution des protéines au cours
du syndrome néphrotique : d'une part les diurétiques,
fortement liés aux protéines, en particulier
l'albumine, peuvent avoir une fuite urinaire exagérée
du fait de la protéinurie massive, d'autre part le
diurétique qui n'est plus fixé sur les protéines va se
répandre en dehors de l'espace vasculaire et ne plus
atteindre ses cibles
- mécanismes compensateurs induits par les diurétiques
qui limitent dans le temps leur efficacité : la perte
d'eau et de sel va entrainer la stimulation des hormones
retenant le sel (rénine-angiotensine-aldosterone) dont
l'action va équilibrer l'effet natriurétique du
produit; si l'oedème persiste dans cet état
d'équilibre, le recours à des doses plus importantes
peut être efficace.
Autres traitements
De nombreux autres traitements ont été proposés,
témoignant du fait que les mesures générales associées aux
diurétiques ne sont pas toujours suffisantes. En dehors de
l'évacuation d'une ascite ou d'un épanchement pleural, ont peut
citer :
- expansion du volume plasmatique par une perfusion
de plasma ou d'albumine hypertonique au cours du
syndrome néphrotique ou de la cirrhose : l'idée est
d'augmenter la pression oncotique intravasculaire, et
ainsi de corriger l'hypoperfusion rénale de façon à
rétablir une excrétion sodée suffisante. En fait,
l'effet sur la fonction rénale est transitoire, chez le
cirrhotique l'élévation de la pression portale augmente
le risque d'hémorragies, et le coût du traitement est
élevé. Quant à la ré-infusion du liquide d'ascite,
elle a été abondonnée en raison de ses risques
(infection, embolie,activation du sytème de
coagulation), remplacée par l'insertion d'un shunt
peritoneo-veineux (shunt de LeVeen).
- hemofiltration continue : dans
les cas sévères et irréductibles d'oedèmes au cours
de l'insuffisance cardiaque ou de certains syndromes
néphrotiques, cette technique, à réaliser en milieu
néphrologique spécialisé, permet de soustraire de
grandes quantités liquidiennes, de passer un cap
décisif, et de rétablir un état où les diurétiques
seront à nouveau efficaces.
| Iorio L., Simonelli R., Nacca R.G., et
al : Daily hemofiltration in severe heart failure. Kidney
Intern. 1997;51,S59,62 |