OEDEME IDIOPATHIQUE
L'oedème idiopathique est un trouble fréquent, qui survient
chez des femmes jeunes, en période d'activité génitale, en
l'absence de maladies rénale, hépatique ou cardiaque. Obésité
et problèmes psychologiques sont la toile de fond sur laquelle
se développe la rétention de liquide, le trouble ayant débuté
en général dans la période prémenstruelle pour devenir
progressivement permanent. La prise de poids est en général de
2-3 kgs, mais peut être parfois plus importante. La tolérance
va de la simple gêne esthétique à des signes fonctionnels
pouvant être ressentis comme de vrais handicaps (jambes lourdes,
sensation de gonflement, essouflement,etc...).
Plusieurs mécanismes ont
été invoqués, chacun d'entre eux pouvant avoir sa part de
vérité et expliquer le trouble pour un sujet donné :
- augmentation de la perméabilité capillaire
: chez un sujet normal, la position debout entraine un
léger degré de dépletion volémique due à un stockage
de liquide extracellulaire au niveau des extrémités,
entrainant une diminution de l'excrétion rénale du
sodium, et le gain de poids en fin de journée peut
atteindre 0,5 à 1,5 kgs. Chez les femmes présentant le
syndrome d'oedème idiopathique, cette réponse à la
position debout est exagérée : la perte de liquide à partir
de l'espace vasculaire est plus importante, avec mise en
jeu des hormones de la rétention sodée (augmentation
des taux d'activité rénine plasmatique et d'ADH), et la
prise de poids entre le matin et le soir peut atteindre
plusieurs kilogs. Le syndrome d'oedème idiopathique
serait donc dû à une hyperperméabilité capillaire
avec une fuite de liquide hors de l'espace vasculaire, le
mécanisme exact de cette perméabilité excessive
restant imprécis : anomalie fonctionnelle au niveau de
l'hypothalamus (intervention de la prolactine ?),
diminution de sécrétion de dopamine (hormone à action
natriurétique), etc...
- rôle des diurétiques : la gêne
esthétique induite par la prise de poids conduit beacoup
de femmes à prendre des diurétiques, d'où une
hypovolémie et l'activation du système
rénine-angiotensine-aldostérone : si le diurétique est
arrêté, la "désactivation" du système
hormonal n'est pas immédiate, d'où la réapparition
rapide de l'oedème, cette séquence faisant croire, à
tort, que la prise de diurétique est indispensable. La
constatation d'une tendance à l'hypokaliémie peut être
un argument pour retenir ce mécanisme, et il restera à
persuader la "patiente" d'arrêter le produit :
très souvent, au bout de 2 à 3 semaines d'arrêt de
toute prise de diurétique, on verra la disparition
spontanée des oedèmes, parfois après une nette
augmentation de la diurèse.
- reprise alimentaire après jeune ("refeeding"
des américains) : les femmes affectées par le syndrome
d'oedème idiopathique peuvent brutalement entamer un
jeune de quelques jours pour perdre du poids, et les
oedèmes réapparaitront à la reprise alimentaire : on
incrimine une augmentation de la sécrétion d'insuline,
capable d'augmenter une rétention de sodium en stimulant
la réabsorption tubulaire et en induisant une
hypokaliémie (en favorisant le passage de potassium à
l'intérieur des cellules).
Traitement
- chez les sujets qui prennent des diurétiques,
on essaiera de persuader l'interessée d'arrêter toute
prise de produit, de suivre un régime simplement peu
salé, et de voir si après plusieurs semaines le
syndrome ne disparait pas progressivement. Si la prise de
diurétique est ressentie comme indispensable, le
produit, comportant un antialdostérone, sera prescrit à
faible dose, avec une prise en début de journée pour
éviter la réapparition des oedèmes en fin de journée.
- chez les sujets qui ne prennent pas de diurétiques,
les inhibiteurs de l'angiotensine semblent
particulièrement utiles, à faible dose, en prévenant
l'interessée d'une possible diminution de la pression
artérielle.
- l'utilisation d'éphedrine, agoniste du système
sympathique, a été proposée, avec l'idée d'abaisser
la pression capillaire par la constriction du sphincter
précapillaire.