OEDEMES
(D.Fries, février 2001)
Les oedèmes proviennent de l'accumulation excessive de fluide
dans le secteur extracellulaire interstitiel.
Physiopathologie
Deux facteurs sont impliqués dans leur formation : * une
altération de l'hémodynamique capillaire, qui favorise le
mouvement de fluide de l'espace vasculaire vers l'interstitium et
* une rétention rénale du sodium et de l'eau apportés par
l'alimentation entrainant une expansion du volume
extracellulaire.
Hémodynamique capillaire : l'échange de
fluide entre le plasma et l'interstitium est déterminé par les
pression hydrostatique et oncotique dans chaque compartiment (
loi de Starling):
- la pression hydrostatique capillaire, produite
par la contraction cardiaque, est relativement stable du
fait des variations de résistance du sphincter
pré-capillaire qui détermine dans quelle mesure la
pression artérielle est transmise aux capillaires; cette
autorégulation est contrôlée localement et médiée
par des récepteurs à l'étirement dans la paroi
vasculaire ("stretch receptors") et par des
facteurs métaboliques locaux. Cette autorégulation
explique que l'hypertension artérielle systémique
n'engendre pas, par elle-même, l'apparition d'oedèmes.
Par contre, la résistance à l'extrémité veineuse du
capillaire est peu régulée, et toute augmentation de la
pression veineuse entrainera une augmentation de la
pression hydrostatique capillaire, d'où un oedème.
- la pression oncotique interstitielle est créée
par les solutés osmotiquement efficaces que sont les
protéines filtrées, surtout l'albumine, et les
muccopolysaccharides. Leur accumulation dépend de la
perméabilité de la paroi capillaire et du débit de
drainage par les lymphatiques. Une diminution de la
concentration plasmatique d'albumine, donc de la pression
oncotique du plasma, va favoriser un mouvement de fluide
de l'espace vasculaire vers l'interstitium; mais
progressivement moins d'albumine est filtrée, entrainant
une diminution de la pression oncotique interstitielle,
le gradient de pression oncotique transcapillaire est
faible et la formation d'oedème est tarie.
La rétention rénale du sodium entraine
l'expansion du volume du fluide extracellulaire. Elle peut être
primitive (néphropathies glomérulaires, insuffisance rénale
terminale), ou elle peut être une réponse adaptée à une
diminution du volume circulant efficace, avec mise en jeu des
systèmes hormonaux diminuant l'excrétion du sodium (
insuffisance cardiaque congestive).
La formation des oedèmes fait intervenir un
ou plusieurs facteurs (cf. tableau adapté de B.D.Rose)
- l'augmentation de la pression hydrostatique capillaire
est le plus souvent en cause, elle même secondaire à
une augmentation de la pression veineuse, soit qu'il y
ait une obstruction veineuse (cirrhose hépatique,
défaillance cardiaque aigue), soit que le volume sanguin
soit accru avec augmentation du volume du système
veineux (insuffisance cardiaque, insuffisance rénale).
- l'hypoalbuminémie par fuite urinaire ou
intestinale, ou par défaut de synthèse, peut
intervenir, mais une hypoalbuminémie chronique est
insuffisante à elle seule pour provoquer des oedèmes
- l'augmentation de la perméabilité capillaire survient
dans des conditions très variées :
- brûlures étendues : l'histamine et les radicaux
libres oxygénés peuvent provoquer es lésions
microvasculaires
- syndrome de fuite capillaire idiopathique : les
malades ont souvent une gammapathie monoclonale
et pendant les épisodes d'oedèmes présentent
une fuite massive de protéines et de liquide en
dehors de l'espace vasculaire, avec un hématocrite
s'élevant rapidement jusqu'à des valeurs de
70-80%. Ce syndrome serait du à une expression
accrue des récepteurs de l'interleukine -2 sur
les cellules monnucléaires ou à une
augmentation de la production de kinines.
- traitement par l'interleukine-2
- syndrome de détresse respiratoire aigue de
l'adulte : l'ischémie ou la septicémie
provoquent un relargage de cytokines (IL-1, TNF),
augmentant la perméabilité des capillaires
pulmonaires. On peut en repprocher le
"syndrome de la première dose"
observé avec l'anticorps
monoclonal OKT3 utilisé en transplantation
rénale.
- diabète sucré : la perméabilité serait
légèrement augmentée (accumulation d'AGE),
majorant les oedèmes d'origine cardiaque ou
rénale
- l'obstruction lymphatique est plus rarement en
cause, surtout au cours des atteintes ganglionaires
néoplasiques ou dans le myxoedème.
Etiologies
des oedèmes en fonction de leur mécanisme initial
- Augmentation
de la pression hydrostatique capillaire
- augmentation du volume
plasmatique par rétention rénale du
sodium
- insuffisance
cardiaque congestive
- rétention
primitive de sodium
- néphropathies
(y compris syndrome
néphrotique)
- médicaments
(minoxidil,diazoxide,AINS,oestrogènes)
- grossesse et
oedèmes premenstruaux
- oedème
idiopathique (après prise de
diurétiques)
- obstruction veineuse
- cirrhose
hépatique
- oedème aigu du
poumon
- obstruction
veineuse locale (thrombose
veineuse profonde)
- diminution des
résistances artériolaires
- calcium bloqueurs
(?)
- oedème
idiopathique (?)
- Hypoalbuminémie
- perte en protéines
- syndrome
néphrotique
- enteropathie
- diminution de la synthèse
protidique
- maladies
hépatiques
- malnutrition
(Kwashiorkor)
- Augmentation
de la perméabilité capillaire
- oedème idiopathique (?)
- brulure, traumatisme,
- inflammation, infection
("syndrome de détresse respiratoire
de l'adulte")
- réactions allergiques
- interleukine -2 :
"syndrome de fuite capillaire
idiopathique",traitement IL-2
- diabète sucré
- Obstructionn
lymphatique
- atteinte ganglionnaire :
cancer, chirurgie
- hypothyroïdisme
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- Edema : Pathophysiology and Therapy. Kidney
Intern. 1997;51,S.59
- Rose B.D., Rennke H.G. : Physiopathologie des
affections rénales et des désordres
hydroélectrolytiques. Pradel ed.Paris. 1995
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