NEPHROPATHIE LIEE AUX HERBES CHINOISES

 

En 1991 les néphrologues belges ont identifié une nouvelle NTI chronique, survenant chez des femmes suivant un régime amaigrissant et prenant pour ce faire des mixtures d'"herbes chinoises" à fortes doses. Depuis, plus de 100 cas ont été identifiés. L'enquête menée avait permis de conclure à la substitution accidentelle de Stephania tetranda par une autre plante Aristolochia Fangji, en raison de noms chinois très voisins. Des cas supplémentaires ont été rapportés en Allemagne et au Royaume Uni, suit à la substitution accidentelle d'autres plantes (du genre Akebia, Clematis, Cocculus) par Aristolochia.

Le tableau clinique est celui d'une NTI chronique typique : pas d'hypertension artérielle, protéinurie faible de type tubulaire, rares leucocytes/hématies dans les urines. La quasi-totalité des patientes ont été vues au stade d'insuffisance rénale, et l'évolution vers le stade terminal semble se faire assez rapidement; elle peut être réversible si l'intoxication est arrêtée lorsque la créatinine est inférieure à 176µmol/l. L'attention avait été attirée sur la fréquence des atypies cellulaires au niveau de l'uro-épithélium, avec quelques cas de cancers in situ identifiés. Le risque élevé de développer un carcinome urothélial a été récemment confirmé, et les auteurs belges conseillent une néphro-urétérectomie préalable chez les patientes candidates à la transplantation rénale.

Les lésions histologiques sont dominées par une fibrose prédominant dans le cortex, avec peu d'infiltrats cellulaires, et épaississement des parois des vaisseaux, suggérant que la lésion première pourrait être une atteinte des vaisseaux, avec secondairement ischémie et fibrose.

Plusieurs agents néphrotoxiques sont probablement en cause . Le plus important est l'acide aristolochique, contenu dans Aristolochia Fangji, mais comme ce produit n'est pas toujours trouvé dans les préparations, d'autres substances ont été incriminées : probablement les produits coupe-faim du type fenfluramine et diethylpropion, qui ont des propriétés vaso-constricitives. D'autres facteurs doivent intervenir: variabilité d'un lot d'herbes à l'autre, durée du traitement, différence individuelle vis à vis des toxines, peut-être prédisposition génétique. Sept cas ayant été suspectés en France (août 2000), le principe de précaution a conduit l'administration à interdire la diffusion de produits contenant Aristolochia Fangji (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé, note du 23 août 2000).

  • Reginster F., Jadoul M., van Ypersele de Strihou C. : Chinese herbs nephropathy; presentation, natural history and fate after transplantation. Nephrol.Dial.Transplant. 1997; 12 : 81
  • StengelB., Jones E. : Insuffisance rénale terminale associée à la consommation d'herbes chinoises en France.Néphrologie 1998;19:15