ANTIBIOTIQUES

Les manifestations cliniques sont très diverses

Atteintes rénales des antibiotiques

  • Nécrose tubulaire aigue :
    • aminoglycosides
    • céphalosporines (céphaloridine,céphalotine)
    • polymixines
  • Nephropathie interstitielle aigue
    • pénicilline G, méthicilline
    • ampicilline,céphalotine,oxacilline,carbénicilline,nafcilline,ciprofloxacine
    • rifampicine
    • sulfamides
  • Insuffisance rénale aigue vaso-motrice : amphotéricine B
  • Vascularites d'hypersensibilité avec atteinte glomérulaire :
    • pénicilline G, ampicilline, sulfamides, cotrimoxazole
    • tétracyclines : très rares actuellement (produit périmé)
    • érythromycine
  • Anomalies électrolytiques :
    • alcalose hypokalisémique : carbénicilline,ticarcilline,ménicilline
    • hypokaliémie : aminoglycosides, fosfomycine
    • hypomagnésémie : aminoglycosides

Aminoglycosides : la fréquence de la nécrose tubulaire aigue, qui a pu être évaluée entre 10% à 20%, a diminué du fait de l'observance des règles d'utilisation du produit. L'insuffisance rénale se manifeste au début de la 2° semaine de traitement : protéinurie, leucocyturie, et vers le 10° jour élévation de la créatinine sanguine, sans oligurie. L'atteinte tubulaire peut être mise en évidence par l'élévation des enzymes urinaires et de la ß2-microglobuline. Dans certains cas, l'atteinte du tube distal est prédominante avec polyurie en rapport avec une diminution du pouvoir de concentration et hypomagnésémie par perte urinaire excessive, pouvant favoriser hypokaliémie et hypocalcémie. L'atteinte du tube collecteur est possible comme le suggère une polyurie pitressinorésistante. La normalisation de la fonction rénale est fonction de l'arrêt du traitement; elle est lente, sans séquelles.

Cette insuffisance rénale est due à l'accumulation du produit dans le cortex. Entièrement filtré et en grande partie excrété dans les urines, une petite fraction des aminoglycosides est stockée dans le tube proximal : sur la membrane luminale du tube proximal le produit, plus ou moins riche en charge cationique, se lie aux phospolipides anioniques, puis se fixe sur la glycoprotéine 330 ("megaline"), et s'accumule progressivement dans les lysosomes en entravant le métabolisme cellulaire. Cette accumulation du produit dans le cortex rénal peut durer longtemps, jusqu'à 28 jours après une seule dose, et l'élimination rénale est très lente, expliquant que l'atteinte rénale puisse se manifester plusieurs jours après l'arrêt du produit.

Les facteurs qui favorisent la néphrotoxicité sont nombreux :

Les modèles expérimentaux ont montré qu'il était possible de prévenir la néphrotoxicité des aminoglycosides par diverses mesures : alcalinisation des urines par le bicarbonate de sodium, administration d'une molécule cationique comme le verapamil qui entre en compétition avec l'antibiotique pour se fixer sur la membrane lipidique anionique, administration d'acide aspartique qui se lie au produit pour former un complexe non toxique. L'efficacité de telles mesures reste problématique chez l'homme.

Autres antibiotiques :

Des insuffisances rénales aigues du type nécrose tubulaire aigue ont été décrites après utilisation de céphalosporines (céphaloridine, céphalotine) en général à doses trop fortes ou trop prolongées; les progrès dans les règles d'utilisation des antibiotiques et l'apparition des produits de 3° génération ont fait disparaître ces cas. Il en est de même pour les polymyxines - du reste très rarement utilisés - , les cyclines qui ont pu entrainer des tubulopathies (syndrome de Fanconi après utilisation de tétracycline périmée), la vancomycine. 

Par contre, la néphrotoxicité de l'amphotéricine B, utilisée dans le traitement des infections fongiques sévères, doit être prise en compte : dose dépendante, l'insuffisance rénale par vaso-constriction apparaît après une dose de 2 gr, et peut être sévère, voire irréversible, avec lésions tubulaires et calcifications dans le tissu interstitiel, si la dose dépasse 5 gr.

Des néphrites interstitielles aigues peuvent survenir avec de nombreux produits. Par rapport aux autres NIA, ce qui caractérise l'étiologie médicamenteuse est le fait que le tableau clinique survient après une période de latence : soit plusieurs semaines lors d'un premier traitement, soit 3 à 5 jours après la reprise d'un deuxième traitement. A l'insuffisance rénale aigue, modérée et avec diurèse conservée, s'associent fièvre avec souvent éruption cutanée, éosinophilie et éosinophilurie, protéinurie modérée, souvent hématurie micro ou macroscopique, parfois signes d'atteinte tubulaire. L'évolution est en règle favorable, mais dans certaines séries la créatininémie persiste élevée pendant un certain temps, posant le problème d'un risque de passage à des lésions chroniques de fibrose interstitielle: l'administration d'un bref traitement par prednisone lorsque le fonction rénale ne s'améliore pas après une semaine d'arrêt du médicament peut être conseillée.

  • Josephson M.A., Chiu M.Y., Woodle E.S., et al : Drug-induced acute interstitial nephritis in renal allografts : histopathological features and clinical course in six patients. Am.J.Kidney Dis. 1999;34:540
  • Rossert J. : Drug-induced acute interstitial nephritis. Kidney Int. 2001; 60:804