NEPHROPATHIE DES BALKANS
Dans plusieurs localités situées sur les bords d'affluents du Danube, en Bulgarie, Roumanie et Bosnie, Serbie, et Croatie, une incidence inhabituelle d'insuffisance rénale chronique a été décrite, concernant 10% à 30% de la population rurale des 2 sexes. Cette néphropathie endémique, limitée à 40km de large et 200 km de long, réunit tous les critères d'une NTI chronique : protéinurie tubulaire (ß2-microglobuline), acidose tubulaire du type proximal, et radiologiquement une diminution de volume des reins avec souvent images de nécrose papillaire. L'évolution se fait,insidieuse, en 2 à 10 ans vers l'insuffisance rénale terminale, sans hypertension artérielle. La survenue de tumeurs bénignes, surtout malignes, de l'uretère, du bassinet et de la vessie est signalée dans 1/3 des cas. Les lésions anatomiques associent une intense fibrose interstitielle, d'importantes lésions tubulaires singularisées par un noyau hyperchromatique, un épaississement des parois vasculaires et une atteinte glomérulaire focale.
L'étiologie de cette singulière néphropathie est restée longtemps mystérieuse. L'infection urinaire a été rapidement mise hors de cause. L'analogie avec la néphropathie par abus d'analgésique, et plus récemment avec la néphropathie des herbes chinoises, où à l'atteinte rénale s'associait également un fort pourcentage de cancers de l'uroépithélium, a renforcé l'idée d'une toxine. Finalement, le consensus s'accorde à retenir le rôle d'une toxine du type ochratoxine, qui est une mycotoxine produite par différentes variétés d'Aspergillus et Penicillium, répandue dans les plantes et susceptible de contaminer les aliments, surtout les céréales. Il est possible que cette toxine puisse expliquer certains cas de néphropathie tubulo-interstitielle notée en Afrique du Nord et peut-être en France.