PRISE EN CHARGE DES DIABETIQUES AVEC
INSUFFISANCE RENALE
A partir du moment où l'irréversibilité de l'insuffisance
rénale de la ND est établie, il ne faut pas attendre pour
envisager avec le patient les mesures à prendre, en pratique à
partir d'une clairance de la créatinine à 30ml/min. Des
"règles de bonne pratique clinique" très complètes
ont été récemment édictées, dont celles concernant plus
précisément le néphrologue sont ici résumées.
1. Déterminer le type
de diabète
Si les antécédents ne sont pas clairs (date du début du
diabète, de l'insulinothérapie ?) il n'est pas toujours facile
de typer le diabète : un diabétique de type 1 relativement
âgé et corpulent a pu au début de sa maladie passer quelques
mois sans insuline et être classé type 2, et plus rarement un
malade de type 2 insulinotraité et peu corpulent peut être
classé comme type 1. Or cette discrimination est importante en
vue des décisions à prendre en ce qui concerne une
transplantation. On pourra avoir recours aux marqueurs du
diabète de type 1 : accessoirement typage HLA, mesure des anticorps anti-GAD (glutanic acid decarboxylase), surtout mesure
du peptide C qui < 0,60 ng/ml signe le manque d'insuline.
2. Gérer l'équilibre
glycémique
- Chez le diabétique de type 1 en période urémique, le
choix d'une insuline doit se porter sur une insuline
rapide ou intermédiaire, et il faut éviter les
insulines lentes. Avec la progression de l'insuffisance
rénale, on note en effet une réduction de la clairance
rénale et hépatique de l'insuline, et malgré l'insulino-résistance associée à l'urémie, les besoins
d'insuline s'abaissent.
- Chez le diabétique de type 2 en période urémique, les
biguanides (metformine) ne doivent pas être utilisés au
delà d'une créatininémie > 133 µmol/l pour des
rasions réglementaires motivées par un risque d'acidose lactique.
L'indication des autres antidiabétiques oraux
doit être adaptée à chaque malade. Parmi les
sulfamides hypoglycémiants, la préférence doit être
donnée au glipizide, avec surveillance des glycémies à
distance des repas. Les inhibiteurs de
l'alpha-glucosidase peuvent être poursuivis à dose
réduite en surveillant les transaminases.
- A la mise en route de la dialyse, il faut
augmenter les doses d'insuline en même temps que
l'état général se restaure. Lors des séances
d'hémodialyse, il faut surveiller
régulièrement la glycémie, chaque heure si
besoin, et ne faire de supplément d'insuline que
pour des glycémies très élevée (> 3g/l),
en utilisant préférentiellement un analogue
monomérique rapide. Le diabète étant souvent
instable, l'utilisation de concentrés enrichis
en glucose (1 à 1,20 g/l) limite le risque
d'hypoglycémie.
- En dialyse péritonéale, où la glycémie subit
moins de variations, il faut ajouter l'insuline
aux sacs de dialyse, de préférence 30 à 45
minutes avant le début d'un repas, et répartir
la dose journalière d'insuline également sur
les 3 premiers saces de dialyse, en en donnant un
peu moins la nuit, et faire des suppléments
d'insuline intermédiaire ou lente par voie
sous-cutanée quand les besoins dépassent 100
unités par échange ou quand les glycémies sont
erratiques.
- Enfin, il est indispensable de mettre en
responsabilité le patient pour qu'il soit autant
que possible autonome dans la gestion de son
équilibre glycémique, qui sera défini en terme
d'HbA1c à obtenir.
3. Choix de la méthode
de dialyse
Hémodialyse et dialyse péritonéale donnent des résultats
comparables en matière de survie des patients, en rappelant que
les décès d'origine cardiovasculaire sont trois fois plus
fréquents chez les diabétiques que chez les non diabétiques.
Par contre la survie de la technique est inférieure avec la
dialyse péritonéale. En dehors des avantages et inconvénients
habituels des 2 méthodes , l'état diabétique conduit à
souligner les éléments suivants :
- Hémodialyse
- Abord vasculaire : il doit être réalisé 3 à 6
mois avant la date présumée de mise en route de
la dialyse. Une étude préalable des vaisseaux
des membres supérieurs par échographie-Dopppler
est conseillée
- Hypotension artérielle au cours des séances de
dialyse : elle est favorisée par l'atteinte du
système nerveux autonome et une ultrafiltration
agressive motivée par la persistance de signes
de surcharge sodée. Les mesures préventives
seront les suivantes (Friedman 1997) :
- utilisation du tampon bicarbonate dans le
dialysat
- concentration élevée du sodium dans le
dialysat (140-145 mmol/l)
- pente d'ultrafiltration douce
- ultrafiltration séquentielle chez les
sujets ayant une importante surcharge
hydro-sodée
- amorçage du circuit avec une solution
d'albumine à 20%
- maintenir un hématocrite > 30% par
érythropoïétine
- ne pas prendre de médicaments
hypotenseurs avant la dialyse
- éviter la prise de repas avant ou
pendant la séance de dialyse
- remuer les membres inférieurs pour
favoriser le retour veineux
- réduire la température du dialysat,
surtout en fin de séance
- Hypoglycémie : les épisodes d'hypoglycémie au
cours des séances sont plus rares avec un
dialysat contenant du glucose (5 à 10 mmol/l).
L'administration de glucagon devrait être
préférée à la perfusion de glucose.
- Rétinopathie : les risques de l'anticoagulation
sont diminués avec les héparines à bas poids
moléculaire
- Ischémie artérielle périphérique : des
variations importantes de la volémie et la
recherche d'un poids sec trop rigoureux peuvent
aggraver l'artériopathie périphérique et
obliger à des amputations (incidence d'environ
20%). L'assistance d'un podologue et le recours
précoce à un avis chirurgical permet de
minimiser cette complication redoutable.
- malnutrition : un mauvais contrôle glycémique
favorise la néoglucogénèse et le cataboisme
musculaire. Une gastroparésie, une diarrhée
motrice, peuvent majorer une état de dénutrition, accru en cas de
"sous-dialyse".
- Dialyse péritonéale : les problèmes
posés par l'abord péritonéal et le risque d'infections
péritonéales ne sont pas plus fréquents chez le
diabétique que chez le non diabétique.
- Elle a l'avantage d'atteindre plus facilement un
bon contrôle de la glycémie, l'insuline pouvant
être aisément ajoutée aux sacs de dialyse:
l'insuline diffuse rapidement à travers la
membrane péritonéale et est délivrée
directement au foie par voie portale, d'où une
remarquable stabilité des besoins d'insuline et
une diminution des doses par rapport à la voie
sous-cutanée. Par ailleurs, la prescription de
polymères du glucose iso-osmolaire permet
d'obtenir une ultrafiltration satisfaisante et de
réduire l'emploi des solutions glucosées
hyperosmolaires qui étaient source de
déséquilibre et de majoration de la
dyslipidémie.
- Par contre, l'état diabétique majore une des
difficultés de la dialyse péritonéale, la
malnutrition : l'apport calorique de 30 à 35
kcal/kg/j et protidique de 1,2 à 1,4 g/kg/j est
difficile à obtenir chez le diabétique en
raison de la gastroparésie , de la perte
protéique dialytique plus importante, et de
l'absorption péritonéale de glucose source
d'anorexie
4. Transplantation
La transplantation rénale est le traitement de choix de l'IRT
du patient diabétique, et la transplantation pancréatique peut
être proposée à certains diabétiques de type 1.
La transplantation rénale donne une survie des
patients significativement supérieure à celle des malades
restés en dialyse : 80% à 5 ans et 74% à 10 ans vs 62% et 38%,
essentiellement en raison d'une sur-mortalité cardiovasculaire
chez les sujets restés en dialyse. Le bilan pré-transplantation
(cf. transplantation receveur)devra
être particulièrement poussé (scintigraphie au thallium
d'effort ou echo de stress, coronarographie) pour évalauer le
risque cardio-vasculaire, et plus particulièrement détecter une
maladie coronarienne souvent asymptomatique. Après la greffe, le
diabète peut être difficile à équilibrer en raison de la
prise de corticoïdes. Elle doit être proposée à tous les
diabétiques de type 2 indemnes de contre-indications.
La transplantation combinée rein-pancréas permet le
retour à l'euglycémie et fait donc disparaître les contraintes
du traitement diabétique. Elle prévient la récidive de la
néphropathie diabétique sur le greffon rénal. Elle ralentit
l'évolution de la neuropathie, mais semble sans effet sur les
lésions déjà installées de macroangiopathie ou de
rétinopathie. Le fait que la greffe pancréatique isolée soit
capable, après 10 années d'euglycémie, de stabiliser et même
diminuer les lésions de ND, confirme l'importance du contrôle
strict de la glycémie.
Les résultats de la double transplantation progressent
régulièrement avec, 5 ans après la greffe, une survie
actuarielle du malade supérieure à 80% et une survie du greffon
pancréatique de 65% (International Pancreas Transplant Registry
1995).Elle doit être proposée à tous les diabétiques de type
1 âgés de moins de 50 ans, qui ont une espérance de vie
estimée à 5 années au moins, dont le risque opératoire (état
cardio-vasculaire) est faible, en informant le patient que la
greffe de pancréas augmente la morbidité du fait de
complications urologiques dues à la technique chirurgicale (
drainage de la sécrétion externe pancréatique dans la vessie
via un segment du duodénum) et que le risque de rejet aigu est
plus important.
Le tableau suivant donne les résultats publiés par le dernier rapport
d'activité de l'Etablissement français des greffes pour l'année 2002.
| Greffon |
Effectif |
Survie à 1 an |
Survie à 3 ans |
Survie à 5 ans |
| Pancréas |
296 |
81,9% |
73,3% |
70% |
| Rein |
296 |
93,7% |
86,1% |
80,4% |
La greffe d'ilôts de Langherans, peu aggressive, est
en cours d'évaluation.
| ALFEDIAM : La prise en charge des
diabétiques urémiques. Règles de bonnes pratiques
cliniques. Diabetes & Metabolism 1999;25:Sup.5 |