CALCIFICATIONS METASTATIQUES

La survenue de calcifications des tissus mous est une éventualité fréquente au cours de l'IRC, pouvant survenir avant la phase de dialyse, mais intéressant avant tout les malades dialysés, chez lesquels elles constituent un facteur de morbidité/mortalité de plus en plus préoccupant. Selon leur localisation on distingue :

Calcifications cardio-vasculaires

Elles sont très fréquentes, bien que leur prévalence varie d'une série à l'autre en fonction des techniques de détection, la fluoroscopie digitale et la tomographie par émission de positons étant les méthodes les plus sensibles mais d'usage encore limité. Elles sont un des facteurs importants de mortalité, d'où leur individualisation.

1. Calcifications artérielles : on en décrit 2 types

Ces calcifications sont facilement mises en évidence par les radiographies simples. Elles persistent après parathyroïdectomie ou après transplantation.

2. Calcifications artériolaires : l'"artériolopathie urémique calcifiée", correspondant au phénomène de "calciphylaxie" est caractérisé par l'apparition aigue de lésions cutanées violacées et douloureuses, en général symétriques, au niveau des extrémités des membres inférieurs, du tronc, des fesses, du pénis, pouvant entraîner ulcérations et escarres, réalisant un syndrome de haute gravité, surtout pour les atteintes proximales. La biopsie cutanée montrerait des calcifications dans la paroi des artérioles de la peau et du muscle, avec une nécrose de la graisse et une infiltration de cellules inflammatoires. Ces dépôts sont faits uniquement de calcium et de phosphore. La prévalence de ce syndrome, estimée à 4% dans une série de dialysés, avec une incidence annuelle de 1%, semble augmenter (T.Drüeke). Il est possible que ce syndrome soit facilité par une hypercoagulabilité secondaire à une diminution de l'activité de la protéine C et de la protéine S.

3. Calcifications cardiaques : elles peuvent intéresser

Au total, les calcifications interessant les différents tissus cardiaques sont retrouvés à l'autopsie de 60% des sujets dialysés.

Autres calcifications métastatiques :

Physiopathologie

Dans l'ensemble, le rôle nocif de l'hyperphosphorémie doit être souligné . Les conséquences directes ou indirectes d'une hyperphosphorémie sont nombreuses :

Important facteur de risque cardiovasculaire, elle est trouvée > 55 mmg/l chez près des 2/3 des malades dialysés, et > 65 mg/l chez 40% d'entre eux. Elle est entretenue par les recommandations diététiques d'apport en protéines : les 1,0 à 1,2 g/kg/j habituellement prescrits conduisent à un apport de 800 à 1400 mg/j, dont 70% seront absorbés, encore plus si le malade prend du calcitriol, pourcentage ramené à 30% si le patient prend correctement des chélateurs du phosphore.

Les éléments du traitement sont détaillés dans le document hyperparathyroïdisme/complications osseuses. On rappelle les paramètres biologiques qui doivent être atteints et surveillés :

  • Calcium : 2,4 - 2,7 mmol/l (96 - 108 mg/l)
  • Phosphore : < 1,8 mmol/l (56 mg/l)
  • produit phospho-calcique : < 50 mmol2/l2 (< 70,Ca et P étant exprimés en mg/dl), ou mieux < 55
  • iPTH : 100 - 200 pg/ml
  • 25 - OH vitamine D3 : > 10 ng/ml (recommandé entre 30 et 60 ng/ml)
  • aluminémie : 5 - 30 µg/l

 

  • Block G.A., Port F.K. : Re-evaluation of risks associated with hyperphosphatemia and hyperparathyroidism in dialysis patients : recommendations for a change in management. Am. J. Kidney Dis. 2000;35:1226
  • Davies M.R., Hruska K.A. : Pathophysiological mechanisms of vascular calcification in end-stage renal disease. Kidney Int. 2001;60:472
  • Drüeke T.B., Touam M., Thornley-Brown D. et al : Calcifications extra-osseuses chez le patient insuffisant rénal chronique.Actualités Néphrologiques Jean Hamburger, Hôpital Necker 2000, Paris, Flammarion, p. 53 - 81