DIAGNOSTIC

L'IRA évolue schématiquement en 3 périodes . La première période est la phase d'installation, qui dure de quelques heures à quelques jours, et c'est pendant cette phase d'agression qu'il faut agir rapidement pour empêcher les dégâts cellulaires. La deuxième période est la phase de maintenance de l'IRA : les lésions sont constituées, le traitement est uniquement substitutif, avec comme préoccupation la prévention des complications infectieuses et métaboliques. La troisième période est celle de récupération de la fonction rénale.

Le diagnostic comporte plusieurs étapes : identifier le syndrome d'insuffisance rénale, en reconnaître le caractère aigu , préciser le retentissement biologique, analyser les paramètres urinaires, discuter une biopsie rénale.

Le syndrome d'insuffisance rénale :

Le diagnostic d'insuffisance rénale repose sur la mise en évidence de la rétention azotée, c'est à dire l'élévation de l'urée et de la créatinine sanguines, en sachant que ces 2 marqueurs sont influencés par d'autres paramètres que la fonction rénale, ce qui peut retarder le diagnostic d'insuffisance rénale.

Urée et créatinine sanguines sont donc des marqueurs médiocres de la fonction rénale au cours de l'IRA, dont le diagnostic précoce devrait pouvoir être établi sur des critères plus spécifiques (comme la troponine pour l'infarctus du myocarde) ou sur des méthodes de mesure de la fonction rénale plus rapide que la classique détermination de la clearance de la créatinine, critères et méthodes actuellement absents.

Le caractère aigu de l'insuffisance rénale :

Il est facilement reconnu lorsque l'IR survient dans des conditions d'urgence, souvent dramatiques; il est plus difficile à affirmer lorsque l'IR ne s'accompagne d'aucuns signe évocateur d'urémie et que l'élévation de l'urée et de la créatinine est une découverte d'examens systématiques, circonstance de plus en plus fréquente. En l'absence de renseignements concernant l'état rénal antérieur, il est alors difficile de faire la distinction entre IR aigue et IR chronique , beaucoup d'IRC étant méconnues et ne se décompensant qu'à l'occasion d'un facteur surajouté : épisode infectieux, hémorragique, poussée d'hypertension artérielle, médicaments néphrotoxiques, apport ou restriction excessive d'eau et d'électrolytes, toutes circonstances qui en elle mêmes sons capables d'induire une IR aigue authentique.

L'interrogatoire du malade et de son entourage prend toute sa valeur à la recherche d'antécédents orientant vers une possible atteinte rénale : hypertension artérielle, diabète, notion de protéinurie et/ou hématurie, d'oedèmes, d'infection urinaire, de troubles de la miction (pollakiurie, nycturie), de colique néphrétique, d'une maladie familiale. En faveur d'une néphropathie chronique plaident la constatation d'une diminution du volume des reins à l'échographie et l'importance de certaines perturbations biologiques, comme l'anémie et l'hypocalcémie.

L'examen clinique recherchera les signes en faveur d'un obstacle sur les voies urinaires, (toucher pelvien, grosse vessie), d'une hypovolémie (tension artérielle basse, hypotension et tachycardie en orthostatisme, veines jugulaires plates), de signes d'atteintes générales (viscérales, cutanées, neurologiques). On discutera de l'opportunité d'un cathétérisme urétral chez un sujet oligo-anurique. Les examens radiologiques comportent une échographie des reins et voies urinaires, préalable à d'autre investigations (scanner, IRM,angiographie) si nécessaire.

Le retentissement biologique

Les examens biologiques rechercheront les troubles hydro-électrolytiques habituels de l'insuffisance rénale: ils sont identiques à ceux de l'IR chronique, mais en général moins prononcés, à l'exception de l'hyperkaliémie. Leur identification précise permet dans une grande mesure d'apprécier la gravité de l'IR et d'orienter le diagnostic étiologique :

Equilibre de l'eau :

Troubles du sodium : ils sont avant tout d'origine iatrogène :

Troubles du potassium

Désordres acido-basiques (cf.acidoses métaboliques)

Désordres des ions divalents

Les signes urinaires

Volume urinaire : le terme d'IRA évoque une diurèse au dessous de 500 ml/24h, c'est à dire une oligurie, ou même inférieure à 100 ml/24, c'est à dire une anurie. Toutes les étiologies d'IRA peuvent se traduire par une oligo-anurie, qui, si elle persiste, évoque une atteinte vasculaire ou un obstacle sur les voies excrétrices. Mais IRA n'est pas synonyme d'oligo-anurie. Au contraire, il existe de nombreuses formes d'IRA à diurèse conservée : leur incidence varie d'1/3 à 2/3 selon le type de malades étudiés, et semble augmenter du fait des progrès de la réanimation, l'utilisation préventive de diurétiques ou vasodilatateurs chez les malades à risque qui transforme des IRA auparavant oligo-anuriques en IRA à diurèse conservée, enfin la place grandissante des IRA toxiques médicamenteuses qui sont en général à diurèse conservée.

Analyse des urines : un examen d'urine normal suggère une IRA fonctionnelle prérénale, plus rarement post-rénale. La présence d'hématies peut se voir dans toutes les formes d'IRA, les cylindres hématiques étant en faveur d'une glomérulopathie ou d'un processus vasculaire. La présence de leucocytes oriente vers une néphropathie interstitielle, pyélonéphrite s'il existe une bactériurie. La présence d'éosinophiles suggère une néphropathie interstitielle allergique, ou des embols de cristaux de cholestérol. Une nécrose tubulaire aigue se traduit par des débris cellulaires abondants et la présence de cylindres épithéliauxLa constatation d'une cristallurie fait rechercher une hyperuricémie ou une néphropathie toxique.

Indices urinaires :de nombreux indices urinaires ont été proposés pour faire la distinction entre les 2 causes les plus fréquentes d'IRA, l'IRA fonctionnelle pré-rénale et l'IRA organique par nécrose tubulaire aigue. Le raisonnement est le suivant :

Mais les possibilités de passage d'un type à l'autre d'IRA expliquent que les zones de chevauchement sont nombreuses et que l'interprétation de ces indices n'est pas toujours évidente

  IRA fonctionnelle Necrose tubulaire aigue
Osmolalité urinaire > 350 < 350
Uosm/Posm > 1,2 < 1,2
Na urinaire (mmol/l) < 20 > 40
Créat U/Créat P > 40 < 20
Urée U/Urée P > 8 < 3
FeNa % * < 1% > 2%
Urée P/Créat P > 10 10
Sédiment urinaire normal cylindres granuleux,cellules épithéliales

* La fraction excrétée de sodium, FeNa en %, est l'indice le plus discriminatif. FeNa = UNa x PCr / PNa x UCr x 100. Il représente le rapport entre les quantités de sodium excrétées et filtrées, sans qu'interviennent les variations de la diurèse. Lorsque le tube est nécrosé et qu'il a perdu sa capacité normale de réabsorption, la valeur de FeNa augmente, alors qu'elle diminue en cas d'IRA fonctionnelle. La sensibilité et la spécificité de cet indice sont évaluées à près de 90%.

Ces indices doivent être replacés dans le contexte clinique et biologique du malade :

Biopsie rénale

Compte tenu du risque hémorragique chez un sujet dialysé, la biopsie rénale ne sera envisagée qu'avec prudence, en général pour affirmer une autre étiologie que celles à l'origine d'une nécrose tubulaire aigue : IRA d'installation progressive, sans cause évidente, avec protéinurie/hématurie, avec signes extra-rénaux, toutes conditions qui suggèrent un processus vasculaire qu'il importe d'affirmer pour mettre en route un traitement spécifique, en particulier immunosuppresseur. La biopsie peut également être envisagée lorsque la reprise de diurèse ne s'effectue pas après un délai de 3 semaines, suggérant la possibilité d'une nécrose corticale.

Les lésions des IRA par nécrose tubulaire aigue post-ischémique sont parcellaires et de ce fait se prêtent mal à une étude par biopsie :