PATHOGENIE
La voie hématogène est rare : infection
directe du parenchyme rénal par le staphylocoque doré (abcès
du rein, prostatite) ou passage dans les urines d'une salmonella
ou d'un candida dans le cadre d'une septicémie. Les infections
hématogènes se voient actuellement surtout en milieu
hospitalier.
La voie ascendante est prédominante.
- Les bactéries d'origine intestinale colonisent la
région périnéale, la cavité vaginale et la partie
distale de l'urètre. On incrimine comme facteurs
favorisants la proximité anus/méat, une hygiène
défectueuse, ou au contraire excessive, le type de
protection menstruelle, de contraception, un
déséquilibre hormonal après la ménopause avec
élévation du pH, un défaut de production cutanée
d'anticorps antibactériens.
- La progression des bactéries urétrales dans la vessie
s'explique chez la femme par la brièveté de l'urètre
et par le rôle des rapports sexuels ("cystite de la
lune de miel"), rareté des ITU chez les religieuses,
parallélisme entre le nombre d'épisodes infectieux et
l'activité sexuelle, efficacité de la prise d'un
antibactérien après chaque rapport, etc...). La
relation ITU/activité sexuelle n'explique cependant pas
tout : il s'agit souvent plus de dysurie que de
bactériurie significative, et la seule activité
sexuelle ne peut pas expliquer l'augmentation linéaire
de la prévalence de la bactériurie avec l'âge. Chez
l'homme, l'obstruction est le facteur essentiel, la
propagation de la bactérie étant contrebalancée par
les sécrétions prostatiques acides douées d'un pouvoir
antibactérien.
La multiplication des bactéries dans la vessie et
l'éventuelle progression dans le parenchyme rénal, de même que
le caractère très variable de l'infection dans son expression
clinique et dans sa gravité, dépendent d'un équilibre
entre de nombreux facteurs :
- virulence bactérienne :
- les antigènes de la paroi bactérienne ont été
les premiers incriminés, qui rendraient la
bactérie plus résistante à la phagocytose et
à l'action du complément : parmi les 157
antigènes O de E.coli, 8 sérotypes
(1,2,4,6,7,16,18,75) rendent compte de 80% des
pyélonéphrites aigues et de 60% des cystites;
un facteur de virulence serait donc un antigène
O intact, donnant aux cultures un aspect
"lisse" dont la perte caractérise les
bactéries "rugueuses" au pouvoir
pathogène diminué. Des constatations similaires
ont été faites avec les 93 antigènes
capsulaires K (surtout 1,2,3,12,13).
- l'adhérence des bactéries aux cellules
épithéliales joue un rôle très
important. Les auteurs suédois ont proposé le
concept suivant : pour persister sur la muqueuse
et ne pas être rejetées par l'urine et les
mouvements péristaltiques, les bactéries
doivent adhérer à la surface des cellules
épithéliales; cette adhésivité peut être
médiée par des facteurs non spécifiques
(liaisons électrostatiques, interactions
hydrophobes), mais surtout spécifiques de
reconnaissance entre une protéine de surface de
la bactérie (adhésine, ligand) et des
récepteurs oligosaccharides présents à la
surface de la cellule épithéliale. Les
structures qui déterminent cette capacité
d'adhérence de la bactérie sont les
"fimbriae" ou "pili",
filaments protéiniques rigides disposés à la
surface de la bactérie. Parmi les nombreux type
de fimbriae identifiés, on isole un type
particulier, les P.fimbiae : ils agglutinent les
globules rouges humains et se fixent fortement
sur les cellules épithéliales, en reconnaissant
spécifiquement un récepteur glycolipidique
présent à la surface des cellules de la vessie
et du rein, identique aux antigènes P des
groupes sanguins humains : la plus ou moins
grande densité de ces récepteurs expliquerait
la plus ou moins grande sensibilité des sujets
aux infections urinaires. Les auteurs suédois
ont établi la relation entre la présence d'E.coli
porteurs de P.fimbriae et la séméiologie aigue
de l'infection urinaire : 5% dans la flore
fécale du sujet normal, 50% dans la cystite
aigue, 90% dans la pyélonéphrite aigue de
l'enfant. Chez les sujets porteurs d'un obstacle
ou d'un reflux vésico-urétéral important, ce
facteur d'adhérence ne serait pas nécessaire :
chez ces malades, la répartition de E.coli
est identique à celle de sujets témoins.
- Le concept de virulence propre à la bactérie
est corroboré par les propriétés des autres
agents pathogènes. Par exemple, le pouvoir
d'adhérence à l'épithélium urinaire de Staphylococcus
saprophyticus est lié à un résidu
lactosamine. Au contraire, le pouvoir d'adhérence
de Protéus mirabilis est médiocre, ce
qui expliquerait sa rareté dans les ITU
habituelles, alors qu'il possède une uréase qui entraîne la production d'urines alcalines
induisant le précipitation de phosphate, carbonate et
magnésium,à l'origine de calculs. De même le
Pseudomonas possède une capsule
polysaccharidique épaisse qui le protège de la
phagocytose et de la fixation par les anticorps.
- Il est important de noter que la virulence
bactérienne n'est pas corrélée à la
résistance bactérienne.
- facteurs de défense de l'hôte :
- facteurs chimiques : l'urine se comporte comme un
milieu de culture; certains facteurs favorisent
la croissance microbienne (pH entre 6 et 7,
présence de glucose) ou la contrecarrent (pH au
dessous de 5.5, osmolalité < 200 mosml, forte
concentration en urée). Les conditions les
moins favorables sont donc une urine très
diluée et acide. Au niveau du rein, la
médullaire est plus sensible que la corticale à
l'infection, probablement du fait de son
hypertonicité qui gêne la mobilité des
leucocytes, donc la phagocytose, et la
concentration en urée qui inhibe les liaisons
antigène-anticorps.
- facteurs physiques : le flux d'urines délivré
par les reins dilue la concentration bactérienne
: une diurèse abondante et des mictions
fréquentes sont une des bases du traitement.
- réactions immunologiques : la résistance du
tractus urinaire à l'invasion bactérienne fait
intervenir une réponse humorale avec production
d'anticorps décelés dans le sérum ( IgG,IgM,IgA dirigés contre les antigènes O de E.coli,
également anticorps anti-P.fimbriae) et
dans les urines : ces derniers proviennent soit
de la filtration glomérulaire des anticorps
sériques, soit surtout d'une synthèse locale.
Cette réponse humorale a un rôle protecteur,
probablement opsonisation des bactéries
favorisant leur phagocytose, et les IgA
sécrétoires auraient une action importante en
empêchant l'adhérence des bactéries sur les
cellules épithéliales : leur production est
plus faible chez les femmes sujettes à de
fréquentes récidives. La réponse cellulaire,
identifiée dans les modèles de pyélonéphrites
expérimentales, est moins bien identifiée en
pathologie humaine.
- facteur génétique : la notion de récepteur
cellulaire pour P.fimbriae introduit un éventuel
facteur génétique déterminant la plus ou moins
grande densité en ces récepteurs, voie de
recherche peut-être prometteuse.
| Mobley HL,Island MD, Massad G : Virulence
determinants of uropathogenic Eschrichia coli and Proteus mirabilis.
Kidney Int Suppl 1994;47:S129 |