BACTERIURIE ASYMPTOMATIQUE

L'ITU est souvent latente, détectée lors d'examens systématiques, et authentifiée par une numération des bactéries = ou > 105/ml. Le terme de bactériurie asymptomatique (BAS) a du reste été critiqué, car l'interrogatoire soigneux des sujets montre que très souvent on trouve dans les mois qui précèdent des signes suggérant un épisode infectieux spontanément résolutif, et les auteurs anglais préfèrent le terme de covert (caché, latent) par opposition aux infections overt symptomatiques.

La prévalence de cette BAS est assez bien précisée selon l'âge et le sexe :

  Femme Homme
< 1 an 0,1% 1,7%
4 - 6 ans 1,4% 0,2%
7 - 11 ans 2,5%  
12 - 18 ans 1,6%  
adultes 5% 0,5%
> 65 ans à domicile 25% 10%
> 65 ans, maison de retraite 19% 17%
> 65 ans, hôpital 56% 59%
hôpital gériatrique 14% 30%

Chez la fille en âge scolaire, la prévalence augmente régulièrement avec l'âge, avec un taux d'acquisition annuel de 0,3%. Chez l'adulte, une BAS est notée chez 5% des femmes et seulement 0,5% des hommes, mais ultérieurement la pathologie prostatique rétablit l'égalité des sexes. La BAS est massivement présente chez les vieillards en institution gériatrique (alitement, déficit mental, cathétérisme vésical).

Cette infection urinaire latente n'est pas un état stable. Le suivi sur de nombreuses années d'un grand nombre de jeunes filles ayant présenté une BAS et n'ayant reçu aucun traitement montre que dans seulement un petit nombre de cas l'infection devient symptomatique, soit chez les sujets porteurs d'une malformation type reflux, soit par l'intervention de facteurs favorisants déjà connus (rapports sexuels, grossesse). Par ailleurs, dans 20% des cas, la bactériurie disparaît spontanément, en général au cours de la première année. Mais la prévalence de l'infection urinaire reste constante, car un nombre à peu près équivalent de nouveaux cas entrent dans ce groupe de 5% de femmes .

Le risque évolutif que présente cette BAS est actuellement correctement évalué. Lorsqu'il n'existe pas de modification du tractus urinaire, le risque de voir apparaître une insuffisance rénale n'a jamais été prouvé : il n'existe aucune corrélation significative, ni au moment où la BAS est découverte, ni après un suivi supérieur à 15 ans, entre l'infection et une élévation de la pression artérielle, une anémie, une protéinurie, une élévation de la créatinine plasmatique. En revanche, lorsque cette BAS est découverte chez un sujet à risque, la possibilité d'évolution vers une pyélonéphrite existe. Du reste, un des intérêts essentiels de cette notion de BAS est d'être un marqueur d'une population porteuse de lésions anatomiques. Les explorations radiologiques réalisées chez les enfants BAS + ont montré dans 20% à 40% des cas la présence d'anomalies radiologiques : duplication, dilatation calicielle, surtout reflux vésico-urétéral. Si le processus infectieux est traité correctement, on n'observe pas d'accentuation des lésions préexistantes, et l'apparition de nouvelles cicatrices corticales est exceptionnelle; si l'infection est négligée, une aggravation des lésions rénales est notée. Des constatations analogues ont été faites chez l'adulte, avec un pourcentage de 15% à 20% d'anomalies radiologiques découvertes chez des femmes BAS + : asymétrie d'un rein, cicatrice corticale rétractile, dilatation calicielle, parfois calcul.

Mais c'est au cours de la grossesse que le risque de la BAS se révèlera le plus, justifiant la détection systématique et le traitement des formes latentes d'ITU dès le début de la grossesse.