ALCALOSE METABOLIQUE

L'alcalose métabolique est caractérisée par une élévation pripitive des bicarbonates plasmatiques (> 27 mmol/l)associé à l'élévation du pH (> 7,42). Elle est accompagnée d'une augmentation de la PaCO2 témoin de la compensation respiratoire réalisée par l'hypoventilation alvéolaire, la PaO2 diminuant parallèlement ; mais cette compensation est insuffisante pour normaliser le pH sanguin. Cette élévation du pH permet de faire la distinction avec l'acidose respiratoire où il existe également une augmentation compensatoire du bicarbonate mais où le pH est abaissé. Par ailleurs, la chlorémie est diminuée proportionnellement à l'élévation du bicarbonate plasmatique, et le trou anionique est légèrement augmenté (mais restant < 5 meq/l).

Les signes cliniques sont peu spécifiques, l'hypoventilation alvéolaire n'ayant habituellement aucune traduction clinique. Lorsque le pH est > 7,5, on peut noter des signes neuromusculaires : parésthésies péribuccales, altération de la conscience avec torpeur, confusion coma vigile, crampes musculaires, myoclonies, parfois crises convulsives, tous troubles liés autant à l'hypocalcémie entrainée par l'élévation du pH.On recherche les signes de déshydratation extracellulaire (augmentation de la protidémie et de l'hématocrite) avec insuffisance rénale fonctionnelle, l'existence d'une hypokaliémie et d'une hypercalcémie souvent associées et qui entretiennent l'alcalose. La réponse rénale est variable : un pH > 7,5 avec excrétion de bicarbonate témoigne d'une réponse rénale appropriée à l'alcalose; un pH urinaire< 6, ou acidurie paradoxale, est une réponse inappropriée et un facteur d'entretien de l'alcalose.

Pathogenie de l'alcalose métabolique

Les facteurs à l'origine d'une alcalose métabolique sont divers : * perte d'ions H+ dans le tractus digestif (vomissements) ou dans les urines (diurétiques, hyperaldostéronisme); * apport de bicarbonate ; * augmentation de la concentration de la bicarbonatémie par contraction des volumes extracellulaires sans anomalie des bilans.

Les facteurs qui peuvent expliquer le maintien de l'alcalose métabolique sont complexes et agissent en synergie :

Les causes de l'alcalose métabolique

  • Perte d'acide par voie digestive
    • vomissements
    • aspiration gastrique
  • Perte d'acide par voie rénale
    • hyperaldostéronisme secondaire avec expansion des volumes extracellulaires et hypertension artérielle
    • hyperaldstéronisme primaire
    • diurétiques de l'anse, diurétiques thiazidiques
    • alcalose post-hypercapnique
    • hypercalcémie, syndrome de Burnett
  • Alcalose de contraction
    • diurèse massive
    • vomissements, diarrhée
    • perte sudorale
  • Apport d'alcalins
  • Transfert intracellualrie d'ions hydrogène

Pertes d'acide par voie digestive : les sécrétions gastriques ayant une forte concentration en acide chlorhydrique, la perte d'HCl diminue la chlorémie et augmente le bicarbonate plasmatique. La charge filtrée de bicarbonate va dépasser la capacité de réabsorption tubulaire, d'où l'élévation du pH urinaire (> 7,5), présence dans les urines de bicarbonate, de sodium et de potassium, contrastant avec l'absence de chlore. A l'arrêt des vomissements ou de l'aspiration, l'alcalose se maintient par la mise en jeu des 3 facteurs déjà cités (contraction du volume extracellulaire, perte de chlore, hypokaliémie). L'apport de NaCl et de KCl corrige ces facteurs et mettent le rein en condition d'excrétion rapide de la charge de bicarbonate.

Perte d'acide par voie rénale :

Apport d'alcalins :

Alcalose de contraction : le cas typique est celui de l'administration d'un diurétique de l'anse chez un sujet oedémateux.

Transfert intracellulaire d'hydrogène : l'hypokaliémie, très souvent associée à l'alcalose métabolique, provoque une transfert cellulaire, le potassium quittant la cellule et l'hydrogène entrant dans la cellule pour maintenir l'électroneutralité.Au niveau des cellules tubulaires, l'acidose intracellulaire stimule la sécrétion d'H+, donc la réabsorption de bicarbonate.

Traitement

Le traitement de la cause et le traitement des troubles métaboliques associés (hypokaliémie, déshydratation extracellulaire) sont en général suffisants pour contrôler l'alcalose métabolique. L'apport de chlorure de sodium et de potassium est donc l'essentiel du traitement, corrigeant l'hypovolémie, l'hypokaliémie, et apportant le chlore qui va favoriser la sécrétion de bicarbonate dans le tube colecteur cortical. La persistance d'un pH acide indique le maintien d'une réabsorption élevée de bicarbonate et la nécessité de poursuivre le remplissage.

Chez les malades oedémateux, l'administration de chlorure de sodium est contrindiquée : on utilisera l'acétazolamide, qui diminue l'activité de l'échangeur Na-H du tube proximal, d'où une diminution de la réabsorption de bicarbonate dans le tube proximal, favorisant l'excrétion de sodium et de bicarbonate.

Dans les cas d'échecs et d'alcalose sévère (pH > 7,60) avec signes neurologiques, on peut utiliser la perfusion d'acide chlorhydrique par un cathéter veineux central : 150 mmol d'HCl sont dilués dans un litre de glucosé ou d'eau distillée, et perfusés lentement en controlant les gazs du sang. L'hémodialyse peut être indiquée en cas d'échec, et s'il existe une insuffisance rénale.